Source : Emob le blog du screencasting elearning podcasting
Auteur : Bobb
Créée par James Alliban et inspirée des travaux cubistes, Fracture est une application iPhone qui vous permet de peindre (avec un doigt et sans se tâcher : les possibilités qu'offrent les nouvelles technologies me fascineront toujours…) des portraits de style cubiste en utilisant ses propres photos.
Au delà de la simple anecdote vidéo ludique dont regorge l'iPhone et qui vous permet de vous sortir momentanément d'une situation parfois très ennuyeuse, cette application met, avant tout, en évidence de nouvelles (inter)relations entre la culture, l'art, la technique et l'expérience utilisateur…
Cette application iPhone, créée par James Alliban, vous invite donc à choisir jusqu'à six photos, prises sous des angles différents, pour créer de nouveaux assemblages graphiques. Comme dans l'art cubiste, qui privilégie la représentation par la pensée géométrique et mathématique, la multiplicité des points de vue, l'enchevêtrement des formes et l'éclatement des volumes, Fracture analyse les images en fonction de leur composante colorimétrique, puis réparties et ré-assemblé en nouveaux triangles servant de base à la nouvelle composition. Diverses options sont inclues telles que la capacité d'ajuster et de décrire la forme alpha, le flou du contenu du triangle, la moyenne des couleurs et d'autres…
Les conditions esthétiques et techniques étant posées, il est intéressant de constater comment Fracture tend à faire le lien entre l'histoire de l'Art, ces expérimentations picturales passées et les nouvelles formes d'interactivité que déterminent les outils numériques actuels.
En nous proposant de réaliser par nous-même de tels portraits, James Alliban ouvre de nouvelles perspectives aux mouvements cubiste analytique (Picasso, Braque) et futuriste (Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp, notamment) dont il s'inspire. Si l'intention première est portée par la volonté de reproduire une esthétique pure, l'expérience utilisateur et l'interactivité qui en est liée lui permettent ainsi de s'affranchir de ce cadre formel et de dépasser ses propres modèles (ces derniers étant contraints dans leurs moyens d'expression, par les limites du support) : donner du mouvement au premier dont les principes se caractérisent par la stabilité des formes (équilibre et symétrie) et apporter une réalité concrète aux expérimentations du second, qui tendaient à exprimer une « sensation dynamique », un rythme, une simultanéité des formes, une vision du monde.
Cette vison du monde justement s'incarne en filigrane sur la pensée de Bergson selon laquelle : Il n’est rien de stable, tout est mouvant, tout est lié à la fois à la sensation et au souvenir, à la pensée et à la perception. Il est rejoint, dans une autre mesure, par Saint Augustin, pour qui, seul le souvenir, la mémoire nous permettent de s'affranchir du mouvement inflexible du temps et de l'éphémère (et pour lui, un moyen de s'élever vers Dieu, être permanent : ce souvenir, ce goût d'éternité, cette réminiscence enfouie dans la mémoire)…
Dès lors, en nous demandant de manipuler nos photos dans la multiplicité des points de vue et des moments ; en fragmentant notre propre image et nos souvenirs, Fracture semble interroger sa propre fonction comme notre rapport au temps. Elle nous dit aussi la nécessité de s'appuyer sur une histoire, sur un héritage pour inventer de nouvelles formes, pour penser l'avenir.
Bref, je m'arrête là ; ça devient vraiment trop chiant !

Portrait of Ambroise Vollard - Picasso

Violon et Cruche - Braque

Nu descendant l'escalier - Marcel Duchamp